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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 18:34

J'ai fait partie des 230000 touristes qui sont passés par ce paradis. Je vous fait partager cet excellent article de Bruno Philip, paru dans Le Monde du 25 décembre, relatif à une disneylandisation culturelle...

 

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Le paradoxe est à hurler : voici un chef-d'oeuvre dont l'âme est en péril du fait même d'avoir été sauvé... Explications : Luang Prabang, ville laotienne d'une indicible splendeur, alliant l'esthétique coloniale française à celle des monastères et temples bouddhistes, a été préservée d'une lente destruction grâce à l'Unesco, qui l'a inscrite sur la liste des sites du Patrimoine mondial en 1995. Mais celle qui fut l'ancienne capitale du Lan Xang, "le royaume au million d'éléphants", du XIVe siècle jusqu'à 1946, est menacée dans son identité et risque de payer cher la rançon de son succès : l'afflux touristique est tel que la ville se dépeuple peu à peu de ses habitants, qui ont préféré louer leurs maisons transformées en auberges, hôtels et restaurants. Accélérant ainsi un processus quasi inévitable de "muséification" : 230 000 touristes ont visité Luang Prabang en 2009, soit dix fois plus qu'il y a vingt-cinq ans.

 

La ville a beau être la proie d'un tourisme de masse prédateur, il est encore très agréable d'y séjourner. Sur les longues rues de la péninsule historique, entre Mékong et rivière Nam Khan, elle aligne ses précieux wat, "temples monastères" incluant des écoles religieuses, ainsi que ses vieilles demeures fleurant bon le charme colonial.

Mais ce qui se prépare a de quoi faire frémir les plus cyniques : un nouvel aéroport financé par les Chinois permettra, dans deux ans, de pouvoir faire atterrir des avions gros-porteurs qui débarqueront leur flot de groupes de touristes pressés depuis le reste de l'Asie, ou ailleurs. Ce qui était, il y a dix ans, une destination pour happy few et routards sac au dos s'est déjà lentement transformé en une sorte de Saint-Tropez tropical, où bars branchés côtoient hôtels de grand luxe et restaurants français. Le déferlement de nouvelles hordes descendues des long-courriers - pour l'instant, seuls des bimoteurs ou de petits jets font les liaisons avec Hanoï, Vientiane ou Bangkok - sera-t-il comparable, dans ses répercussions sur la vie de la cité, à un nouveau sac de la ville, pillée en 1773 par les Birmans ?

Boutade mise à part, il y a déjà le feu au Mékong, question préservation de l'authenticité sociale : "Il ne reste, dans le secteur historique, que deux familles d'origine, explique Francis Engelmann, urbaniste et économiste qui vit au Laos depuis le début des années 1990 et a participé aux travaux préparatoires du classement de la ville au patrimoine mondial. Mes voisins sont partis, presque aucune maison n'est encore habitée par des locaux, la plupart sont des guest-houses ou des restaurants. On est en pleine "disneylandisation" culturelle."

Les moines bouddhistes commencent à craquer : à l'aube, quand les bonzes en robe couleur safran progressent en file indienne dans les rues pour recevoir l'aumône des fidèles, ils se retrouvent souvent la cible de prédateurs photographes, le doigt prêt à tirer sur la gâchette de leurs appareils. Des agents de voyage occidentaux proposent même dans leur programme "l'accompagnement" de la progression des moines dans leur quête rituelle de nourriture... Trois chefs abbés de monastères se sont résolus récemment à quitter Luang Prabang, traversant le Mékong pour regagner leurs villages d'origine, écoeurés à la vue de toutes ces touristes étrangères déambulant dans les lieux sacrés en "exhibant leurs seins et leurs jambes". "Je ne peux plus être bonze dans ces conditions !", a tonné un jour l'un d'eux devant Francis Engelmann...

Pour Laurent Campon, ancien architecte en chef de la Maison du patrimoine, créée en 1996 grâce à l'aide de la ville de Chinon (Indre-et-Loire) et qui est chargée de la protection et de la mise en valeur du site, "on assiste désormais à une évolution mélangeant le commercial et le résidentiel." "La conséquence est une densification architecturale provoquée par toujours plus de nouvelles constructions, ce qui va à l'encontre des règles imposées par l'Unesco et met en péril le tissu urbain", explique ce résident de longue date, qui parcourt Luang Prabang au guidon de son Enfield indienne 350 cm3. Il déplore un autre paradoxe : depuis l'ouverture de la ville sur l'extérieur et l'afflux des touristes, "les gens disposent de techniques modernes qu'ils ne possédaient pas dans leur économie traditionnelle. La lutte contre la pauvreté entre ici en collision avec l'idée même de préservation du patrimoine"...

Autre contradiction : "Avant le succès touristique, la ville se mourait, se souvient Francis Engelmann, la mauvaise herbe poussait dans la rue centrale, il n'y avait plus que des vieux, les jeunes étaient partis ailleurs, à Vientiane (capitale du Laos depuis 1946)." Le rajeunissement accéléré provoqué par l'afflux de tout un personnel pour les hôtels, restaurants, bars et boutiques de souvenirs se combine ainsi avec une déperdition d'identité pour la ville, désormais quittée, surtout dans la péninsule historique, par ses habitants originels.

Bonne nouvelle pour l'emploi jeune, mauvaise pour l'âme du lieu, le phénomène est sans doute irréversible. Seul espoir, celui d'une prise de conscience des autorités nationales laotiennes, qui craignent que Luang Prabang, joyau de la couronne touristique de la "République démocratique populaire" ne soit "déclassée" par l'Unesco pour entorses au règlement, tolérées par les pouvoirs locaux. Mais si l'on se fie à la réputation d'incompétence, d'ignorance et d'inconscience de ces derniers, il y a peu de chances que le processus en cours puisse être enrayé...

 

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Merci à Bruno Philip

 

et pour ceux qui ont raté mes articles de novembre 2008, je vous offre un retour en arrière ...

 

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